Je suis asexuelle, je ne me force pas et mon couple va bien, merci

Cette article contient une description assez exhaustive de ma vie sexuelle, si vous n’avez pas envie de lire cela ou de lire des choses à propos de sexe, vous pouvez vous abstenir.

Je vous ai manqué ? Non ? Tant pis, je vais écrire quand même. Cette fois, j’aimerais parler de sexe, de couple et du fait que quasiment tous les articles parlant de soit disant « manque » de sexe dans le couple sont illustrés par des photos de couple qui se font la gueule (TW sexisme/psychiatrisation/injonctions au sexe)

A la maison,on est plutôt comme ça
A la maison, on est plutôt comme ça

 

Je vais enfoncer beaucoup de portes ouvertes et j’espère ne pas sonner trop Madame-Je-Sais-Tout, mais j’ai le sentiment qu’un article comme celui-ci pourrait être utile (y’en a jamais assez, après tout…). Je voudrais parler de ce qui, selon moi, fait qu’un couple peut fonctionner « malgré » une différence notable dans la fréquence à laquelle chacun-e a envie, et même un couple dont une des deux personnes est asexuelle.

Je n’ai pas eu envie depuis plusieurs semaines. Je suis avec quelqu’un qui, lui, a envie plus ou moins tous les jours, et, pourtant, notre couple se porte bien, ce qui est assez étrange. Du moins, si l’on en croit les articles parlant de différences de désir au sein d’un couple.

L’article que je viens de donner ainsi qu’une myriade d’autres dépeignent l’absence ou le « manque » de sexe dans le couple (quelle qu’en soit la raison) comme forcément pathologique et un problème à « régler ».

Surtout pour les femmes qui, dans notre société patriarcale où le désir sexuel soit disant irrépressible des hommes passe avant leurs désirs et leur sécurité, en sont réduites à devoir se trouver des justifications pour refuser le sexe, comme on donne un mot de ses parents pour ne pas aller en sport.

Justifications qui seront examinées soigneusement afin de décider si, oui ou non, leur refus est « justifié », car la simple existence de ce refus ne semble pas être une raison suffisante. Ainsi, elles se retrouvent à devoir trouver des raisons « valables » pour justifier de ne pas faire de sexe, au lieu que l’autre attende bien gentiment qu’elles aient une raison de le faire (article en anglais).

J’ouvre une petite parenthèse pour préciser que, oui, l’absence de désir sexuel peut éventuellement avoir une cause physiologique ou psychologique et peut-être se soigner si l’on en souffre. Ce n’est cependant pas une raison pour se vautrer dans le sexisme et illustrer son article par une photo de couple qui se fait la tronche, comme si le refus de son/sa partenaire était une raison valable pour læ punir en refusant de lui parler.

Car faire la gueule à l’autre en espérant qu’iel cède et se force à du sexe pour vous faire plaisir, ça s’appelle ? Ça s’appelle ? Oui ! Ça s’appelle être une petite merde manipulatrice.

Il serait bon d’arrêter de trouver normal qu’on tienne rigueur à autrui pour avoir refusé de pratiquer le sexe et de trouver naturel qu’on læ manipule afin de transformer son refus en assentiment.

Je conçois que la différence d’attirance sexuelle entre deux membres d’un couple puisse être la cause de sa rupture. Personne n’est en droit de vous obliger à vivre avec quelqu’un qui ne vous convient pas. Cependant, cela peut tout à fait se faire de façon respectueuse sans rejeter la « faute » sur l’autre.

C’est le fait qu’on vit dans une société hétéro-patriarcale qui permet de nourrir de la rancœur pour quelqu’un qui n’est pas plus responsable de son absence de désir que vous de votre désir. Il n’y a vraiment pas besoin d’agir comme si son corps était un dû : la rupture, si rupture il y a, est une conséquence d’une incompatibilité sexuelle au sein du couple et pas du « manque » de désir de l’un de ses membres.

Je suis toujours très peinée de voir de telles mises en scène de manipulation, c’est une situation que j’ai bien connue en étant obligée d’y prendre part tout les soirs avec mes exs durant de longues années. De telles situations, surtout lorsqu’elles arrivent fréquemment, peuvent avoir des conséquences dévastatrices (sur l’estime de soi, sur la santé physique et mentale…). Il n’est pas étonnant mais vraiment choquant que ça soit utilisé quasi systématiquement pour illustrer les articles sur le sexe dans le couple.

Tous ces articles illustrés comme si punir l’autre pour avoir refusé du sexe et essayer de lui forcer la main était naturel… Comme si le fait qu’un de ses membres n’obtienne pas du sexe chaque fois qu’iel en aurait envie rendait fatalement le couple dysfonctionnel.

Cet article s’adresse aux personnes qui ont envie que leur couple marche de la façon la plus respectueuse possible de l’autre. Si votre partenaire avance l’argument selon lequel vous devez vous forcer car vous lui devez du sexe (ou plus de sexe) en échange de son amour, de sa tendresse ou de sa fidélité, ou encore s’iel persiste à déclarer que vous devez vous faire soigner, je n’ai pas d’autre conseil à vous donner que de rompre.

Si vous voulez que ça marche, pour commencer, évitez de partir du principe que s’il y a peu ou pas de sexe dans votre couple ou si parfois vous ressentez de la frustration, ça ne marchera forcément pas. Rompre uniquement parce que votre couple ne correspond pas à l’idée que vous vous faisiez d’un « couple qui marche » et lui inventer des problèmes qui n’existent pas alors que tout va bien par ailleurs serait vraiment absurde de votre part.

Enfin, vous faites ce que vous voulez hein, mais je trouve dommage de se séparer uniquement parce qu’on nous a fourré dans le crâne qu’un couple « qui marche » était un couple où personne n’est jamais frustré (ce qui est bien con parce que ça n’existe pas).

1 – Déconstruire l’idée que notre valeur en tant que partenaire amoureux-se est liée à notre capacité à faire jouir et être désiré-e sexuellement par l’autre

Parfois, les problèmes commencent avant même de se mettre en couple. Il n’est pas rare que nos partenaires croient pouvoir nous « réparer » et se disent, par exemple : « iel se croit asexuel-le, mais c’est parce qu’iel n’a pas été avec la bonne personne », ou « je suis un meilleur coup que ses exs, avec moi iel va prendre goût au sexe et vouloir le faire plus souvent ».

Ces idées prennent leur source à la fois dans des clichés oppressifs du genre « les personnes qui ne veulent pas pratiquer le sexe à une fréquence ‘normale’ sont malades et on doit les soigner en les poussant à se forcer » et dans l’idée bien ancrée que, pour être un-e partenaire de valeur, on doit faire « mieux que ses exs » en matière de sexe.

D’une manière générale, il est toujours bon de questionner l’idée selon laquelle une relation ne vaut rien si elle n’est pas meilleure que toutes les précédentes, mais je m’égare.

Et puis, peut-être, en fait. Peut-être qu’avec vous iel va apprécier le sexe alors qu’avant ce n’était pas trop le cas (et ça n’a rien à voir avec « être un bon coup », il faut être à l’écoute des envies et des limites de l’autre, chacun-e peut aimer des choses différentes). C’est ce qui s’est passé pour moi avec mon copain : aujourd’hui, j’apprécie le sexe parfois alors que cela n’était pas le cas du tout avant.

Attention toutefois à ne pas tirer de conclusions hâtives : il peut arriver qu’on désire assez souvent une personne au début de la relation et beaucoup moins par la suite, c’est normal et ne signifie pas forcément que le couple ne marche plus. Prendre la fréquence des rapports sexuels comme un indicateur de la « santé » de son couple est une belle connerie.

Aussi, aimer le sexe ou non ne se résume pas à des gestes qu’on aura bien réalisés ou pas. Si j’aime maintenant avoir de temps en temps cette intimité-là et ressentir ces choses-là avec mon compagnon, d’autres personnes n’aiment pas ou préfèrent faire ça seules. Vous ne pouvez forcer personne à apprécier ou à désirer cela, et ça n’a pas forcément à voir avec une quelconque « aptitude » au sexe.

Bon, j’avoue que quand on sait que l’autre va s’y prendre comme un manche sans écouter nos demandes, ça n’aide pas trop à avoir envie de le faire avec iel, mais il n’empêche que si votre partenaire a juste envie de bouquiner, vous lui foutez la paix, c’est tout.

Il n’est pas question que de plaisir physique non plus. Si je ne suis pas motivée pour du sexe, j’aurais beau avoir du plaisir et même arriver à l’orgasme, ça ne m’apportera rien. Tout plaisir, tout orgasme n’est pas bon : ça ne suffit pas à atteindre le sentiment de félicité qu’on leur associe généralement, il faut aussi l’avoir souhaité.

J’ai déjà eu un orgasme sans l’avoir désiré, juste par désir de me conformer à la norme, durant un rapport que j’avais pourtant moi-même initié (c’est tenace le conditionnement) et, croyez-moi, le sentiment de vide et de dégoût que j’ai ressentis ensuite m’ont passé l’envie de recommencer.

A ce sujet, voici un article (en anglais) sur la façon dont les hommes qui veulent « faire plaisir » ou qui disent « aimer faire plaisir aux femmes » sont en réalité souvent motivés par des idées sexistes qu’il est important de déconstruire si vous voulez former un couple sain.

Votre valeur en tant que partenaire ne dépend pas de vos capacités à remplir un besoin inexistant et persister dans votre désir de « faire plaisir » à l’autre contre sa volonté n’est pas du tout un service que vous lui rendez.

Ne pas être désiré-e sexuellement par son/sa partenaire amoureux-se peut être blessant, la société dans laquelle nous vivons nous ayant appris que laisser quelqu’un de marbre de ce point de vue-là était un signe d’infériorité.

Il est important de parler ouvertement avec votre partenaire de tout cela, sans reproches et, évidemment, sans essayer d’utiliser vos sentiments pour lui faire du chantage au sexe (du type « Ouin, tu me trouves moche, c’est pour ça ? » ce qui revient à dire « Je me sens moche et mal à cause de toi, couche avec moi pour que je me sente mieux »).

Je comprend totalement qu’on ait des complexes, mais l’autre n’a pas à réparer les dégâts que les standards de beauté ont causé à votre estime de soi.

Faites la part des choses et choisissez bien vos mots, évitez ceux qui laissent entendre que vous vous sentez mal « à cause » de l’autre. Dans l’idéal, parlez de vos complexes à un autre moment que celui où l’autre vous a refusé du sexe pour éviter toute pression.

Il faut également déconstruire l’idée que l’intensité des sentiments amoureux est liée à l’intensité du désir sexuel ressenti.

Là encore, ne pas être désiré-e sexuellement par l’autre peut être un poil blessant si l’on écoute ce que la société nous dit de l’amour : que le désir sexuel en est une composante essentielle et que, sans sexe, on ne peut pas être en présence d’un amour profond et sincère.

Il faut aussi en parler avec votre partenaire, sans reproches ni chantage et lui faire confiance. Pourquoi serait-iel avec vous s’iel ne vous aimait pas ?

2 – Déconstruire l’idée que se masturber, c’est la honte, le sexe du perdant

Aucun couple n’a exactement les mêmes envies au même moment. Il va falloir l’accepter et arrêter de croire que vous pouvez toujours faire coïncider les deux, qu’il suffit de « chauffer » l’autre pour qu’iel ait envie (je vais y revenir).

Encore une belle idée de merde que celle qui dit qu’un homme qui se masturbe, c’est un homme qui n’a pas réussi à « convaincre » l’autre de coucher avec lui. La masturbation est dépeinte comme un lot de consolation dont celui qui n’a pas été assez « viril » (comprendre : « prêt à forcer quelqu’un ») pour obtenir « mieux » doit se contenter.

Si vous n’avez pas envie de forcer votre partenaire à se plier à la moindre de vos envies (et on va partir du principe que vous n’en avez pas envie, sinon je comprend pas ce que vous fichez encore ici), il va forcément falloir voir la masturbation comme un acte banal du quotidien et qu’il n’y a rien de honteux à cela.

De son côté, l’autre devra apprendre à gérer la culpabilité de ne pas « s’occuper assez bien » de l’autre, encore une superbe idée sponsorisée par le patriarcat. Quand je dis gérer, je dis que ça peut tout à fait s’en aller au bout d’un moment si on est avec quelqu’un de correct de ce point de vue-là, pas que c’est une fatalité, hein. Au début, c’est pas facile de s’empêcher de se forcer, surtout quand on sort d’une ou plusieurs relation(s) où on avait pas ce droit-là, mais dans une relation saine, on peut arriver petit à petit à le faire.

C’est évidemment bien plus facile s’iel évite le baratin culpabilisant habituel, du type « Ouin, se masturber c’est nul ». Et quand bien même ça serait nul, ça veut pas dire qu’on doit se forcer… D’ailleurs, si ça te parait si fade tu peux expérimenter autre chose, se faire plaisir seul-e n’empêche pas d’être créatif.ve.

Évidemment, si l’autre doit accepter l’idée que vous vous masturbiez, ça ne veut pas dire que vous pouvez le faire sous son nez (je n’ai personnellement aucun souci avec le fait de dormir juste à côté, mais c’est pas mal de demander avant, quand même).

Encore une chose sur laquelle il sera important de communiquer. Je me doute que tout le monde n’est pas à l’aise avec l’idée de dire « Tiens, j’vais aller me branler », de même que tout le monde n’a pas forcément envie de savoir que l’autre est en train de le faire. Si besoin, fixez des heures dans la journée où la chambre sera à vous, achetez-vous un petit panneau « Ne pas déranger », que sais-je ?

3 – Déconstruire l’idée que les femmes n’ont jamais envie et doivent être forcées et celle que les hommes sont toujours partants pour le sexe

C’est faux, fourrez-vous ça dans le crâne tout de suite. Imaginez comme c’est relou, quand on ne désire du sexe qu’une fois tous les trois mois ou carrément jamais, qu’une personne vienne se frotter à nous tous les soirs dans l’espoir manifeste que son excitation nous déteigne dessus, comme si nous n’étions que des machines à faire démarrer… C’est plus que relou : c’est dégoûtant et malaisant, en plus de nous culpabiliser.

Encore une fois, parlez avec votre partenaire et demandez-lui ce que vous êtes en droit de faire sans læ brusquer, sans qu’iel se sente obligæ. Arrêtez de croire que tenter de forcer, c’est romantique et que ça va exciter l’autre.

Je ne dis pas que c’est forcément mal d’embrasser l’autre passionnément et d’essayer d’initier un truc, mais c’est quelque chose qui peut déclencher chez l’autre du malaise, de la culpabilité, réveiller des traumas, et on a pas forcément le courage de refuser, même avec la personne la mieux intentionnée du monde. Souvenez-vous qu’une bonne partie d’entre nous a été conditionnée à penser que, si on ne « donne » pas du sexe, on ne vaut plus rien et qu’on va être quitté-e-s ou trompé-e-s.

C’est pas forcément mal, disais-je, mais c’est un truc qui se discute en amont. Si l’autre vous dit « Ok, tu peux tenter des trucs parce que parfois ça m’excite et si j’ai pas envie je te dirai non », allez-y (et respectez tout refus, évidemment).

S’iel vous dit « Non, j’aime pas quand tu essaies de me chauffer, ça me met mal à l’aise / réveille mes traumas / culpabilise » ne le faites pas. Jamais. Respectez læ, merde, c’est pas compliqué.

L’idée que les hommes ont toujours envie et apprécieront forcément qu’on les touche doit aussi être déconstruite au plus vite, pour les hommes asexuels comme pour les autres. Certaines choses peuvent être perçues comme sexuelles alors que pour une personne asexuelles, ce sont juste des témoignages d’affection (par exemple : le baiser « avec la langue »).

Mon compagnon n’aime pas quand on s’embrasse ainsi en dehors d’un contexte sexuel, je respecte ça et ne le fais pas; Idem pour les tripotages et autres caresses que je perçois comme simplement affectionnées mais qui le mettent parfois mal à l’aise ou l’excitent alors qu’il n’a pas envie de l’être.

Bien entendu, il s’agit juste d’éviter de déclencher des réactions du type « excitation inopinée et non voulue » qui peuvent être désagréables et pas de justifier une pression comme « tu m’as excité-e, tu dois assumer maintenant »…

4 – Changer sa vision du sexe

Le sexe ne se limite pas à la pénétration vaginale ou anale. Oubliez l’idée que le sexe oral ou les caresses ne sont que des « préliminaires » avant de passer aux « choses sérieuses »…

D’une part, cela peut permettre à certaines personnes qui n’aiment pas être pénétrées mais apprécient tout de même le sexe de se libérer d’un lourd fardeau. Le sexe est censé être une activité agréable que chaque participant-e apprécie du début à la fin, et pas un « échange » de deux minutes de sexe oral contre un temps indéfini de pénétration qui peut parfois se révéler difficile à vivre, voire traumatisante et tout gâcher.

D’autre part, cela peut permettre à des personnes qui ne veulent pas prendre de plaisir mais apprécient tout de même d’en donner de trouver leur bonheur. J’en fais partie. M’engager dans une activité sexuelle qui va prendre au moins 30 minutes et dont je ne retirerai rien (même avec un orgasme, oui, parce que je ne vois pas trop l’intérêt de la chose) m’ennuie, en général. Mais l’idée de pouvoir « jouer » avec mon copain et faire sans retenue ce que je ne fais pas d’habitude (pour éviter de le mettre mal à l’aise, comme je l’ai dit précédemment) m’enthousiasme beaucoup plus. Le tout dure 5 minutes à tout casser et en plus, après, on peut faire un câlin tout nus sans que ça le gêne.

Je ne suis absolument pas en train de dire que toutes les personnes asexuelles doivent donner du plaisir à leur partenaire, simplement que s’en tenir au sexe oral et/ou aux caresses peut parfois être une très bonne solution pour tout le monde. Évidemment, si vous n’appréciez aucune forme d’activité sexuelle, personne n’est en droit de vous y obliger.

5 – Parlez-en le plus franchement possible

Faites-le par écrit si ça vous gêne moins. Ce n’est pas forcément facile de formuler des préférences claires pendant l’acte (parfois on ose pas, parfois on ne sait pas trop, on a peur de blesser ou de « casser » l’ambiance…). Du coup, un débriefing n’est pas forcément une idée de kéké qui veut se la péter, à condition que l’autre écoute vraiment et ne se vexe pas (voir la première partie de cet article ^^).

Il n’y a pas de honte à ne pas savoir faire, tout s’apprend, même le sexe, alors écoutez l’autre, laissez læ vous guider.

 

Ces aces qui font du sexe

Par « ace » j’entends : personne sur le spectre de l’asexualité : personne asexuelle, demisexuelle, ou graysexuelle (pour la définition de ces termes vous pouvez aller voir ici ou venir me demander directement et non, personne n’a dit que tous ces mots désignaient une orientation sexuelle à part entière, c’est juste bien d’avoir des mots pour désigner des trucs, comme on fait d’habitude, quoi)

Ces aces qui font du sexe, donc. On en parle chaque fois que le sujet de l’asexualité vient sur le tapis. Il y a toujours quelqu’un pour préciser que oui, oui, il existe des aces qui pratiquent certaines activités sexuelles, qu’on peut faire du sexe si on est demi, gray, en couple une personne non-asexuelle, etc.

J’ai conscience qu’on peut faire du sexe par désir en étant sur le spectre ace, si on est gray ou demi, par exemple, comme c’est mon cas. Seulement la troisième raison que j’ai évoquée plus haut me fait grincer des dents. Oui, on peut faire du sexe si on est avec une personne non-asexuelle, mais pourquoi ? Par choix ? Par amour ? Parce qu’en général la personne se contente de dire « il y a des aces qui font du sexe »

Et ça s’arrête là. Personne n’explique les raisons qui poussent beaucoup d’aces à cela, ou comment c’est vécu, comme si c’était forcément un choix libre et éclairé fait afin d’honorer la déesse Aphrodite en un rituel plein d’abnégation et de larmes de joie. Comme si c’était pas douloureux pour deux sous.

Alors, déjà, je trouve hyper bizarre qu’on parle des « aces qui font du sexe » comme si c’était bien étonnant dis donc, hein ? On aurait pu s’attendre à ce qu’une personne qui ne ressent pas ou peu d’attirance sexuelle ne pratique pas ou peu le sexe et préfère tricoter des écharpes. Étonnant ?

Parce que vous pensez que c’est facile de vivre sans faire de sexe dans une société comme la notre ?

Mais si, vous savez, notre société, celle qui dit que sans sexe ta vie sera triste et morose et que personne voudra jamais être avec toi ? Que c’est indispensable à la santé physique et mentale de toute personne bien constituée ? Que pour refuser du sexe à un.e partenaire, faut être un.e fieffé.e égoïste qui mérite de rôtir en enfer et d’être maudit.e sur trente génération ? Que sans désir sexuel ton amour pour quelqu’un n’est pas vrai, pas sincère ? Que du coup on va te tromper et qu’on aura bien raison, petit.e impertinent.e ? Que si t’as pas envie faut te forcer un peu, espèce de tire-au-flanc ? Que « ça vient en se forçant » ?

La plupart de ces injonctions blessent un paquet de monde, pas que les aces. Cela dit mon sujet était « les aces qui font du sexe », donc j’y reste.

Cela me gêne énormément de voir toutes ces personnes mentionner les « aces qui font du sexe » sans préciser que nous évoluons dans un monde d’injonctions permanentes à le faire et que ce qui serait étonnant, c’est que ces injonctions n’aient aucune influence sur nous ou sur nos actions. Évidemment qu’il y a des aces qui font du sexe ! L’inverse serait assez curieux : nous ne sommes pas des créatures éthérée vivant seul.es dans des grottes, les injonctions pèsent sur nous comme sur n’importe qui d’autre.

Je pense notamment aux aces en couple, mais quand on ne l’est pas, ne pas ressentir de désir peut être suffisamment perturbant pour qu’on veuille « essayer » pour rentrer dans le moule et se sentir plus normal.e.

J’ai l’impression que les aces déclarant faire du sexe avec leur partenaire « mais par choix » sont plus nombreux.ses que les autres et ça m’interroge vraiment. La plupart des fois où j’ai lu un témoignage d’ace déclarant le faire « par choix », je lisais aussi en filigrane sa lutte intérieure pour se persuader que c’était vraiment un choix, que son/sa partenaire était un.e choupinou qui ne force pas du tout, que après tout c’est pas si terrible, etc. Je la reconnais, cette lutte. Elle a été la mienne pendant 8 ans.

Il y a cette question que personne ne pose : a-t-on vraiment le choix dans une société qui pousse à le faire ou se raconte-t-on de beaux mensonges parce qu’on ne veut pas admettre qu’on a pas le choix ? Même si je n’exclue bien sûr pas la possibilité qu’on puisse le faire de temps en temps pour faire plaisir parce que ça ne nous dérange vraiment pas (je ne pense pas que ça soit le cas à chaque fois et d’ailleurs, le faire de bon cœur ne signifie absolument pas qu’on aurait le choix de refuser), je pense que la seconde option est plus courante.

Il y a aussi ce dont personne ne parle : les « aces qui font du sexe » ne sont pas tous.tes des demi ou des gray qui le font par réel désir (bien que tous.tes les demi et gray ne le fassent pas uniquement par choix…) ou des personnes asexuel.les qui décident de se forcer de temps en temps parce que ça ne les dérange vraiment pas.

Les « aces qui font du sexe », c’est aussi celleux qui ont trop peur d’être trompé.e.s ou quitté.e.s, celleux qui se sentent trop en décalage avec le reste de la société, celleux qui croient encore que le sexe les « réparera » et se résignent. Celleux qui se racontent des mensonges pour éviter de voir. Celleux qui se forcent.

J’aimerais vraiment qu’on cesse de préciser tout le temps « il y a des aces qui font du sexe » sans rien ajouter, comme si c’était uniquement pour avoir l’air plus fréquentables, et qu’on commence à se demander pourquoi.

Pourquoi ces aces font du sexe, si ce n’est pas par désir ? La réponse est évidente, même si c’est pas très joli à voir.

Je ne dis pas cela pour que chaque ace qui se sent opprimé.e rompe ou décide de refuser le sexe à tout prix. Je suis bien placée pour savoir que c’est difficile, qu’on ne se sent pas forcément mieux ensuite et que les conséquence d’un refus peuvent être pire que de se forcer. Je le dis pour qu’on reconnaisse qu’il y a un vrai souci derrière la phrase « il y a des aces qui font du sexe », parce que comment apporter une solution à un problème dont on refuse de reconnaître l’existence ?

 

Je précise que si vous faites du sexe en étant ace et que vous estimez que c’est par choix, ce n’est pas vraiment la peine de venir me gueuler dessus et aussi, vous seriez aimable d’arrêter d’oublier les autres. Je pointe le fait que la question de savoir si le sexe est vraiment consenti ou pas n’est jamais abordée ou rarement quand quelqu’un parle de « ace qui font du sexe » et que je trouve que cela donne la fausse impression que les personnes aces ne font face à aucun problème de ce genre dans leur vie, que même dans nos communautés aces on ose à peine dire ces choses du bout des lèvres en allant jusqu’à excuser l’attitude oppressive de nos partenaires. Si dans votre cas c’est consenti, tant mieux.

 

 

 

 

 

Le beurre et l’argent du beurre

[Dans cet article, je parle de sexe, d’enthousiasme (et d’absence d’enthousiasme) et de pression au sein du couple pour obtenir du sexe]

Si vous êtes un.e proche et ne voulez rien savoir sur la vie sexuelle, il est temps d’arrêter de lire.

 

Récemment, un « pro-féministe » comme il en existe tant a jugé que son petit avis sur le consentement des autres valait le coup d’en faire une vidéo. Il a intitulé ladite vidéo : « Consentement : trouver l’enthousiasme »…

Alors, déjà, il me semble que le but n’est pas de « trouver » l’enthousiasme mais de s’assurer que l’autre est d’accord pour du sexe, ce qui est bien différent. Cela suppose d’envisager l’idée qu’iel ne le sera peut-être pas et que, donc, il n’y aura peut-être pas de sexe.

« Trouver l’enthousiasme » suppose qu’en l’absence d’icelui, il convient de le chercher sauf que quand on a pas envie, on a pas envie, pas besoin de faire chier le monde.

Tout ceci me fait penser au fameux slogan « consent is sexy » qui, bien que plein de bonne intentions, me pose un gros souci. Savoir que l’autre est d’accord et s’éclate peut-être très sexy, j’en conviens, sauf que l’idée de consentement suppose qu’il est possiblement absent.

Le consentement, ce n’est pas forcément du sexe, ça peut être une soirée vieux films en pyjama. Bizarrement, ça excite un peu moins le caleçon de ces « pro-fem » libidineux qui font des vidéos ou des articles de blog pour parler de lui.

Ensuite, ce qui me frappe dans ce titre, c’est que monsieur ne se satisfait pas du seul fait d’avoir le consentement de l’autre (d’ailleurs il dit ne pas aimer ce mot, ça annonce la couleur). Non, le consentement ne suffit pas à son égo, il veut savoir que l’autre brûle d’envie de niquer avec lui.

Alors, là, je ne sais pas si c’est son cas car je n’ai pas le malheur de partager sa vie, mais cela me fait furieusement penser à un truc que font trop d’hommes et qui m’horripile au plus haut point : chouiner pour que l’autre manifeste de l’enthousiasme alors qu’ils ont insisté pour du sexe pendant 2 heures et qu’ils savaient qu’on avait pas envie. Autrement dit, faire chier pour qu’on se force et pleurer pour qu’on le fasse avec le sourire.

Je préviens de suite que je SAIS que tous les hommes ne font pas ça, donc pas besoin de venir m’emmerder en me disant qu’il existe des hommes très fréquentables. Je le sais.

Nous avoir extorqué un pseudo « consentement » en sachant très bien que nous n’avions pas envie ne leur suffit pas. Avoir du sexe ne leur suffit pas, il faut en plus qu’ils puissent toujours se voir comme de braves gars qui ne forcent pas et sont des dieux du sexe. Je vais rigoler un peu, je reviens.

 

veuillez_patienter

Parlons-en, de leurs prouesses au lit. Elles consistent surtout à faire un truc que tu n’aimes pas pendant 10 minutes et, quand tu dis que tu n’aimes pas, à se vexer en te disant que « toutes les [personnes avec un vagin] aiment » (excuse-moi connard, je croyais que j’avais le droit d’avoir un avis perso là dessus), puis faire la même chose 10 minutes de plus en râlant que ça marche pas et que c’est sûrement de ta faute parce que tu dois être frigide, tu fais chier, quoi, merde.

Puis, si tu lui demandes d’arrêter, tu as aussi droit à monsieur qui fait la gueule parce qu’il voulait tellement te faire grimper aux rideaux. Pas pour toi (t’es con haha) mais par pure fierté mal placée, puisque tu lui as bien signifié que tu t’en foutais et que tu voulais juste dormir.

A ce compte là, tu préfères ne rien dire, au moins c’est fini plus tôt, personne ne t’insulte et tu as droit à un peu de sommeil.

Hein ? Ne pas faire de sexe ? Hahaha, malheureuse, t’as cru que t’avais le choix ? Enfin je veux dire, oui, t’as le choix. Je suis un gars bien, moi, je force personne, rappelle-toi.

T’as le choix entre du sexe ou remplir un formulaire de dispense de sexe de 14 pages et me remettre un paragraphe argumenté de 3000 mots en expliquant pourquoi tu veux pas de sexe que je lirai pas parce que je me fiche de ce que tu ressens et supporter un laïus de 10 minutes sur comment tu es anormal.e et cassé.e suivi de menaces de te tromper ou te quitter, le tout agrémenté de petite remarques blessantes à base de « je sais pas ce que je fous avec toi ».

J’exagère à peine. Chaque fois que j’ai exprimé avec mes exs le souhait d’arrêter de faire du sexe, la solution proposée était toujours… plus de sexe pour « trouver ce que j’aime ». Parce que ne pas vouloir de sexe est inconcevable, n’est-ce pas ? Personne ne veut d’un.e partenaire qui baise pas. Tu veux mourir seul.e ou quoi ?

Et chaque refus était aussi suivi d’interminables « débats » pour me convaincre que je devais vouloir faire du sexe et qu’il fallait me forcer « au début » (c’est-à dire pendant toute la relation, on va pas s’encombrer avec du bon sens) pour finir par apprécier cela.

Sans parler du chantage à base de pleurs et de « je suis trop nul ». Quand un enfant pleure pour avoir un jouet, on appelle ça un caprice. Quand un homme pleure pour du sexe, il faut prendre son ego blessé en pitié et lui donner ce qu’il veut. Mais avec le sourire.

Parlons-en, de l’enthousiasme. Il faut dire oui au sexe après 2 heures de pressions négociations mais il faut AIMER ça et ne pas faire semblant, attention, hein ! C’est trop la honte, de simuler. Pourquoi tu fais ça, franchement ? Personne t’oblige, c’est juste que si tu le fais pas, cette activité chiante que tu veux pas faire va durer 2 fois plus longtemps et ton connard va t’en vouloir et jouer sur tes insécurités et tes complexes en te disant que tu vas finir seule.

J’ai simulé du début à la fin avec mes exs, au début en pensant que c’était sans gravité, puis en me rendant compte que je ne pouvais pas faire autrement à cause de la pression et du non-respect de mes refus, et je n’en ai pas honte. Pourquoi est-ce que je devrais avoir honte alors que j’ai juste essayé de composer le plus confortablement possible avec les choix de merde qu’on me proposait ?

Si ne pas faire de sexe signifie se faire insulter, ne pas dormir et être menacée de rupture, si ne pas aimer cela donne lieu à plus de sexe, des interminables discussions là-dessus ainsi que de la culpabilisation et des insultes, alors je simule. Venez pas pleurer pour ça.

Là aussi, la honte doit changer de camp. Pourquoi devrais-je avoir honte de simuler et pas le connard qui me propose un faux choix et fait pression sur moi pour du sexe ?

Je précise que je ne préconise pas DU TOUT de se forcer. Seulement, on a pas à avoir honte de ne pas avoir assez de courage et d’estime de soi pour refuser du sexe à chaque fois qu’on aimerait.

Si tous ces petits glandus veulent de l’enthousiasme, qu’ils arrêtent de nous faire chier pour du sexe. Qu’ils la ferment quand on dit non. « Non », quelle que soit sa fréquence, même si c’est « non » tout le temps, ce n’est pas négociable. Ce n’est pas « convainc-moi » (un autre mot pour « obliger »). Ce n’est pas une invitation à décortiquer nos « raisons ». Tu n’as rien à objecter à cela, tu fermes ta gueule et c’est tout.

Si vous voulez de l’enthousiasme, commencez par respecter le consentement des autres en leur donnant un vrai choix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le pauvre, il comprend pas ! »

[Pression au sein du couple pour du sexe et négation de l’asexualité]

Voilà une phrase bien souvent utilisée, parfois jusque dans les milieux militants, pour excuser l’attitude des hommes cis à l’égard des personnes asexuelles, demi ou gray. Pour excuser la pression qu’ils ne se gênent pas pour exercer sur nous. Pour excuser leur chantage à base de « le sexe est une preuve d’amour » (comprendre : « si tu veux pas niquer, c’est que tu m’aimes pas suffisamment, donc je vais te quitter »).

Pour excuser, enfin, le fait qu’étant en couple, ils considèrent pouvoir de fait avoir accès à du sexe avec nous. Il ne faudrait pas trop les brusquer, les pauvres choux, car ils ne « comprennent pas ». C’est bien commode, n’est-ce pas ?

Je ne vous parle même pas des personnes qui disent avoir un compagnon « compréhensif » alors que ce dernier fait visiblement preuve d’une incroyable capacité à ne rien piger du tout. Je ne jette pas la pierre à ces personnes, on a tellement l’habitude d’avoir affaire à des connards que quelqu’un qui ne te viole pas d’entrée passe pour un modèle de « compréhension’.

Il est vraiment curieux que, entre personnes sensibilisées au féminisme, on dise que des gens font pression pour avoir du sexe par simple « incompréhension ». Sérieusement ?

Lorsqu’un homme harcèle quelqu’un dans la rue car il aimerait coucher avec iel, c’est un crevard. Quand ce même homme harcèle pour du sexe, c’est car « il ne comprend pas ». C’est cela, oui, et moi, je suis un gratin de courgettes.

Vos envies de sexe, ce n’est pas plus notre problème que celui des inconnu.es que vous croisez dans la rue tous les jours. Que vous vous permettiez avec nous ce que vous n’oseriez pas vous permettre avec elleux n’y change rien. Je parle ici du chantage affectif, de la culpabilisation du type « Regarde, puisque tu veux pas baiser je souffre, ouin » ou encore « Tu me trouves moche, c’est ça ? », des regards de chien battu (allez vous faire ce regard aux inconnu.es dehors ? Non, hein ? Bon), etc, etc…

Ayez la décence d’admettre que vous vous permettez tout cela car vous considérez que c’est à la personne avec qui vous êtes en couple de combler vos envies sexuelles.

Que les choses soient claires, je comprends tout à fait qu’on puisse ne pas vouloir ou pouvoir quitter quelqu’un qui « ne comprend pas » et avec qui la relation nous pose problème sur cet aspect. C’est difficile et les relations sont toujours plus complexes qu’il n’y paraît, même si je me retiens très fort de dire « largue-le » à toute personne émettant des plaintes sur le sujet.

En revanche, ce qui m’énerve, c’est que beaucoup de personnes lorsque ce sujet vient sur le tapis, disent qu’ils ne « comprennent pas », voire, parfois, qu’il est compréhensible qu’un.e partenaire fasse pression sur nous car iel ne « comprend pas ».

Cela revient à conditionner notre liberté à ne pas nous forcer à du sexe au fait que notre ou nos partenaire.s « comprenne[nt] » ce que c’est que d’être asexuel, demi ou gray.

Sauf que, moi, je ne comprends pas véritablement ce que c’est que d’être allosexuel. Pourtant, la société m’a conditionnée à faire preuve d’empathie, souvent exagérée, à l’égard de ces personnes et à me sentir désolée pour elles quand elles ne peuvent pas obtenir du sexe, surtout si ce sont des hommes cis.

Elle m’a même conditionnée à faire passer cette envie de sexe avant mon propre besoin de sécurité, avant mon propre bien être. J’ai beau ne pas les comprendre, j’ai été conditionnée à vouloir combler leurs besoins, même si c’est au détriment de mes propres besoins, voire même de mon intégrité physique et mentale.

Dire que nous cesserons d’être opprimé.es lorsque la société comprendra notre orientation, c’est du foutage de gueule, si vous me passez l’expression. Non seulement cela prend du temps mais, en plus, il est impossible de vraiment comprendre une orientation sexuelle qui n’est pas la notre.

Il est bien pratique de continuer de faire pression sur quelqu’un en arguant qu’on ne le « comprend pas ». Comme si émettre un refus, dire qu’on n’a pas envie de sexe était difficile à comprendre. Pas besoin de ressentir ce que l’on ressent, notre désir de ne pas pratiquer le sexe devrait largement suffire à ce qu’on nous foute la paix.

Ne pas comprendre vraiment les raisons d’un refus ne devrait jamais être une excuse pour faire comme si ce refus n’existait pas ou était illégitime. Il n’existe pas de refus illégitime en matière de sexe, dire le contraire relève de la culture du viol la plus crasse.

 

 

 

 

 

 

Les asexuel.les se masturbent-iels ?

J’aimerais revenir sur cette question qui nous est très souvent posée lorsqu’on dévoile à quelqu’un que nous sommes sur le spectre ace (comprendre : soit asexuel.les, soit demi, soit gray).

Apparemment, il semble naturel à beaucoup de personnes, lorsque quelqu’un parle de son orientation sexuelle, de lui poser des questions sur ses pratiques sexuelles. L’intention est peut-être parfois bonne, ou en tout cas pas mauvaise, mais cela est gênant et inapproprié pour plusieurs raisons.

Premièrement, cela nous réduit à une simple absence ou présence de libido. Comme si notre orientation n’était pas vraiment réelle, comme si elle était le simple fruit du phénomène physiologique qu’est la libido et non une histoire d’attirance, comme c’est le cas pour les autres orientations. Notre orientation n’a pas forcément à voir avec le fait d’avoir ou pas une libido, même si parfois une libido faible ou inexistante n’aide pas à être attiré.e, nous ne sommes pas juste des personnes « sans libido » et, oui, il est possible d’en avoir une et de ne pas souhaiter la combler avec d’autres personnes.

Il s’agit d’attirance, et même sans libido (comprendre : une envie qui est là de base sans qu’elle soit provoquée) on peut réagir à des stimuli et être attiré.e par des gens.

Ensuite, cette réaction montre que les raisons qui nous poussent à faire notre coming out de personnes se situant sur le spectre ace ne sont pas comprises. Nous ne le faisons pas pour le divertissement des personnes non ace. Nous ne le faisons pas pour dire « Hey ! Pose-moi des questions sur ce que tu veux, après tout, si je t’ai dit que j’étais ace, c’est que je suis ouvert.e à une discussion sur la masturbation ! ».

Nous ne le faisons pas pour que vous puissiez satisfaire votre curiosité, parfois malsaine, sur ces étranges choses que sont nos orientations, puisque vous sembler trouver tout cela fort curieux… Sans toutefois vous intéresser une seule seconde aux émotions que vos questions provoquent chez nous.

Nous le faisons pour que le monde prenne conscience que nous existons et arrête de présumer sans cesse que tout le monde est allosexuel (comprendre : non asexuel.le, demi ou gray). Nous le faisons parce qu’il s’agit d’une part de notre identité et que nous aimerions que vous la connaissiez. Être asexuel.le, demi ou gray, ce n’est pas se masturber ou pas. C’est une partie de ce que nous sommes, c’est ce qui a souvent façonné des pans entiers de nos vies.

Nous le faisons parce que, si on ne le fait pas, personne ne le fera. Nous le faisons pour que les autres personnes sur le spectre ace mais qui l’ignorent encore puissent se reconnaitre dans nos propos et peut-être se sentir mieux.

Il faudrait arrêter de croire que chaque fois que nous parlons de notre orientation, cela a pour but de vous informer, vous personnellement, sur ce que nous faisons ou pas au lit. Les enjeux ne sont pas là, ils ne résident pas dans une connaissance détaillée de ce que nous pratiquons ou pas et comment. Ils sont dans la reconnaissance de la société qu’elle doit cesser de présenter le sexe comme indispensable.

Si vous voulez vous informer, il y a des tas de sites pour ça. Pas besoin de faire comme si la visibilité a-demi-graysexuelle passait par votre connaissance de ce que nous faisons ou pas avec nos clitoris ou nos pénis.