Je suis asexuelle, je ne me force pas et mon couple va bien, merci

Cette article contient une description assez exhaustive de ma vie sexuelle, si vous n’avez pas envie de lire cela ou de lire des choses à propos de sexe, vous pouvez vous abstenir.

Je vous ai manqué ? Non ? Tant pis, je vais écrire quand même. Cette fois, j’aimerais parler de sexe, de couple et du fait que quasiment tous les articles parlant de soit disant « manque » de sexe dans le couple sont illustrés par des photos de couple qui se font la gueule (TW sexisme/psychiatrisation/injonctions au sexe)

A la maison,on est plutôt comme ça
A la maison, on est plutôt comme ça

 

Je vais enfoncer beaucoup de portes ouvertes et j’espère ne pas sonner trop Madame-Je-Sais-Tout, mais j’ai le sentiment qu’un article comme celui-ci pourrait être utile (y’en a jamais assez, après tout…). Je voudrais parler de ce qui, selon moi, fait qu’un couple peut fonctionner « malgré » une différence notable dans la fréquence à laquelle chacun-e a envie, et même un couple dont une des deux personnes est asexuelle.

Je n’ai pas eu envie depuis plusieurs semaines. Je suis avec quelqu’un qui, lui, a envie plus ou moins tous les jours, et, pourtant, notre couple se porte bien, ce qui est assez étrange. Du moins, si l’on en croit les articles parlant de différences de désir au sein d’un couple.

L’article que je viens de donner ainsi qu’une myriade d’autres dépeignent l’absence ou le « manque » de sexe dans le couple (quelle qu’en soit la raison) comme forcément pathologique et un problème à « régler ».

Surtout pour les femmes qui, dans notre société patriarcale où le désir sexuel soit disant irrépressible des hommes passe avant leurs désirs et leur sécurité, en sont réduites à devoir se trouver des justifications pour refuser le sexe, comme on donne un mot de ses parents pour ne pas aller en sport.

Justifications qui seront examinées soigneusement afin de décider si, oui ou non, leur refus est « justifié », car la simple existence de ce refus ne semble pas être une raison suffisante. Ainsi, elles se retrouvent à devoir trouver des raisons « valables » pour justifier de ne pas faire de sexe, au lieu que l’autre attende bien gentiment qu’elles aient une raison de le faire (article en anglais).

J’ouvre une petite parenthèse pour préciser que, oui, l’absence de désir sexuel peut éventuellement avoir une cause physiologique ou psychologique et peut-être se soigner si l’on en souffre. Ce n’est cependant pas une raison pour se vautrer dans le sexisme et illustrer son article par une photo de couple qui se fait la tronche, comme si le refus de son/sa partenaire était une raison valable pour læ punir en refusant de lui parler.

Car faire la gueule à l’autre en espérant qu’iel cède et se force à du sexe pour vous faire plaisir, ça s’appelle ? Ça s’appelle ? Oui ! Ça s’appelle être une petite merde manipulatrice.

Il serait bon d’arrêter de trouver normal qu’on tienne rigueur à autrui pour avoir refusé de pratiquer le sexe et de trouver naturel qu’on læ manipule afin de transformer son refus en assentiment.

Je conçois que la différence d’attirance sexuelle entre deux membres d’un couple puisse être la cause de sa rupture. Personne n’est en droit de vous obliger à vivre avec quelqu’un qui ne vous convient pas. Cependant, cela peut tout à fait se faire de façon respectueuse sans rejeter la « faute » sur l’autre.

C’est le fait qu’on vit dans une société hétéro-patriarcale qui permet de nourrir de la rancœur pour quelqu’un qui n’est pas plus responsable de son absence de désir que vous de votre désir. Il n’y a vraiment pas besoin d’agir comme si son corps était un dû : la rupture, si rupture il y a, est une conséquence d’une incompatibilité sexuelle au sein du couple et pas du « manque » de désir de l’un de ses membres.

Je suis toujours très peinée de voir de telles mises en scène de manipulation, c’est une situation que j’ai bien connue en étant obligée d’y prendre part tout les soirs avec mes exs durant de longues années. De telles situations, surtout lorsqu’elles arrivent fréquemment, peuvent avoir des conséquences dévastatrices (sur l’estime de soi, sur la santé physique et mentale…). Il n’est pas étonnant mais vraiment choquant que ça soit utilisé quasi systématiquement pour illustrer les articles sur le sexe dans le couple.

Tous ces articles illustrés comme si punir l’autre pour avoir refusé du sexe et essayer de lui forcer la main était naturel… Comme si le fait qu’un de ses membres n’obtienne pas du sexe chaque fois qu’iel en aurait envie rendait fatalement le couple dysfonctionnel.

Cet article s’adresse aux personnes qui ont envie que leur couple marche de la façon la plus respectueuse possible de l’autre. Si votre partenaire avance l’argument selon lequel vous devez vous forcer car vous lui devez du sexe (ou plus de sexe) en échange de son amour, de sa tendresse ou de sa fidélité, ou encore s’iel persiste à déclarer que vous devez vous faire soigner, je n’ai pas d’autre conseil à vous donner que de rompre.

Si vous voulez que ça marche, pour commencer, évitez de partir du principe que s’il y a peu ou pas de sexe dans votre couple ou si parfois vous ressentez de la frustration, ça ne marchera forcément pas. Rompre uniquement parce que votre couple ne correspond pas à l’idée que vous vous faisiez d’un « couple qui marche » et lui inventer des problèmes qui n’existent pas alors que tout va bien par ailleurs serait vraiment absurde de votre part.

Enfin, vous faites ce que vous voulez hein, mais je trouve dommage de se séparer uniquement parce qu’on nous a fourré dans le crâne qu’un couple « qui marche » était un couple où personne n’est jamais frustré (ce qui est bien con parce que ça n’existe pas).

1 – Déconstruire l’idée que notre valeur en tant que partenaire amoureux-se est liée à notre capacité à faire jouir et être désiré-e sexuellement par l’autre

Parfois, les problèmes commencent avant même de se mettre en couple. Il n’est pas rare que nos partenaires croient pouvoir nous « réparer » et se disent, par exemple : « iel se croit asexuel-le, mais c’est parce qu’iel n’a pas été avec la bonne personne », ou « je suis un meilleur coup que ses exs, avec moi iel va prendre goût au sexe et vouloir le faire plus souvent ».

Ces idées prennent leur source à la fois dans des clichés oppressifs du genre « les personnes qui ne veulent pas pratiquer le sexe à une fréquence ‘normale’ sont malades et on doit les soigner en les poussant à se forcer » et dans l’idée bien ancrée que, pour être un-e partenaire de valeur, on doit faire « mieux que ses exs » en matière de sexe.

D’une manière générale, il est toujours bon de questionner l’idée selon laquelle une relation ne vaut rien si elle n’est pas meilleure que toutes les précédentes, mais je m’égare.

Et puis, peut-être, en fait. Peut-être qu’avec vous iel va apprécier le sexe alors qu’avant ce n’était pas trop le cas (et ça n’a rien à voir avec « être un bon coup », il faut être à l’écoute des envies et des limites de l’autre, chacun-e peut aimer des choses différentes). C’est ce qui s’est passé pour moi avec mon copain : aujourd’hui, j’apprécie le sexe parfois alors que cela n’était pas le cas du tout avant.

Attention toutefois à ne pas tirer de conclusions hâtives : il peut arriver qu’on désire assez souvent une personne au début de la relation et beaucoup moins par la suite, c’est normal et ne signifie pas forcément que le couple ne marche plus. Prendre la fréquence des rapports sexuels comme un indicateur de la « santé » de son couple est une belle connerie.

Aussi, aimer le sexe ou non ne se résume pas à des gestes qu’on aura bien réalisés ou pas. Si j’aime maintenant avoir de temps en temps cette intimité-là et ressentir ces choses-là avec mon compagnon, d’autres personnes n’aiment pas ou préfèrent faire ça seules. Vous ne pouvez forcer personne à apprécier ou à désirer cela, et ça n’a pas forcément à voir avec une quelconque « aptitude » au sexe.

Bon, j’avoue que quand on sait que l’autre va s’y prendre comme un manche sans écouter nos demandes, ça n’aide pas trop à avoir envie de le faire avec iel, mais il n’empêche que si votre partenaire a juste envie de bouquiner, vous lui foutez la paix, c’est tout.

Il n’est pas question que de plaisir physique non plus. Si je ne suis pas motivée pour du sexe, j’aurais beau avoir du plaisir et même arriver à l’orgasme, ça ne m’apportera rien. Tout plaisir, tout orgasme n’est pas bon : ça ne suffit pas à atteindre le sentiment de félicité qu’on leur associe généralement, il faut aussi l’avoir souhaité.

J’ai déjà eu un orgasme sans l’avoir désiré, juste par désir de me conformer à la norme, durant un rapport que j’avais pourtant moi-même initié (c’est tenace le conditionnement) et, croyez-moi, le sentiment de vide et de dégoût que j’ai ressentis ensuite m’ont passé l’envie de recommencer.

A ce sujet, voici un article (en anglais) sur la façon dont les hommes qui veulent « faire plaisir » ou qui disent « aimer faire plaisir aux femmes » sont en réalité souvent motivés par des idées sexistes qu’il est important de déconstruire si vous voulez former un couple sain.

Votre valeur en tant que partenaire ne dépend pas de vos capacités à remplir un besoin inexistant et persister dans votre désir de « faire plaisir » à l’autre contre sa volonté n’est pas du tout un service que vous lui rendez.

Ne pas être désiré-e sexuellement par son/sa partenaire amoureux-se peut être blessant, la société dans laquelle nous vivons nous ayant appris que laisser quelqu’un de marbre de ce point de vue-là était un signe d’infériorité.

Il est important de parler ouvertement avec votre partenaire de tout cela, sans reproches et, évidemment, sans essayer d’utiliser vos sentiments pour lui faire du chantage au sexe (du type « Ouin, tu me trouves moche, c’est pour ça ? » ce qui revient à dire « Je me sens moche et mal à cause de toi, couche avec moi pour que je me sente mieux »).

Je comprend totalement qu’on ait des complexes, mais l’autre n’a pas à réparer les dégâts que les standards de beauté ont causé à votre estime de soi.

Faites la part des choses et choisissez bien vos mots, évitez ceux qui laissent entendre que vous vous sentez mal « à cause » de l’autre. Dans l’idéal, parlez de vos complexes à un autre moment que celui où l’autre vous a refusé du sexe pour éviter toute pression.

Il faut également déconstruire l’idée que l’intensité des sentiments amoureux est liée à l’intensité du désir sexuel ressenti.

Là encore, ne pas être désiré-e sexuellement par l’autre peut être un poil blessant si l’on écoute ce que la société nous dit de l’amour : que le désir sexuel en est une composante essentielle et que, sans sexe, on ne peut pas être en présence d’un amour profond et sincère.

Il faut aussi en parler avec votre partenaire, sans reproches ni chantage et lui faire confiance. Pourquoi serait-iel avec vous s’iel ne vous aimait pas ?

2 – Déconstruire l’idée que se masturber, c’est la honte, le sexe du perdant

Aucun couple n’a exactement les mêmes envies au même moment. Il va falloir l’accepter et arrêter de croire que vous pouvez toujours faire coïncider les deux, qu’il suffit de « chauffer » l’autre pour qu’iel ait envie (je vais y revenir).

Encore une belle idée de merde que celle qui dit qu’un homme qui se masturbe, c’est un homme qui n’a pas réussi à « convaincre » l’autre de coucher avec lui. La masturbation est dépeinte comme un lot de consolation dont celui qui n’a pas été assez « viril » (comprendre : « prêt à forcer quelqu’un ») pour obtenir « mieux » doit se contenter.

Si vous n’avez pas envie de forcer votre partenaire à se plier à la moindre de vos envies (et on va partir du principe que vous n’en avez pas envie, sinon je comprend pas ce que vous fichez encore ici), il va forcément falloir voir la masturbation comme un acte banal du quotidien et qu’il n’y a rien de honteux à cela.

De son côté, l’autre devra apprendre à gérer la culpabilité de ne pas « s’occuper assez bien » de l’autre, encore une superbe idée sponsorisée par le patriarcat. Quand je dis gérer, je dis que ça peut tout à fait s’en aller au bout d’un moment si on est avec quelqu’un de correct de ce point de vue-là, pas que c’est une fatalité, hein. Au début, c’est pas facile de s’empêcher de se forcer, surtout quand on sort d’une ou plusieurs relation(s) où on avait pas ce droit-là, mais dans une relation saine, on peut arriver petit à petit à le faire.

C’est évidemment bien plus facile s’iel évite le baratin culpabilisant habituel, du type « Ouin, se masturber c’est nul ». Et quand bien même ça serait nul, ça veut pas dire qu’on doit se forcer… D’ailleurs, si ça te parait si fade tu peux expérimenter autre chose, se faire plaisir seul-e n’empêche pas d’être créatif.ve.

Évidemment, si l’autre doit accepter l’idée que vous vous masturbiez, ça ne veut pas dire que vous pouvez le faire sous son nez (je n’ai personnellement aucun souci avec le fait de dormir juste à côté, mais c’est pas mal de demander avant, quand même).

Encore une chose sur laquelle il sera important de communiquer. Je me doute que tout le monde n’est pas à l’aise avec l’idée de dire « Tiens, j’vais aller me branler », de même que tout le monde n’a pas forcément envie de savoir que l’autre est en train de le faire. Si besoin, fixez des heures dans la journée où la chambre sera à vous, achetez-vous un petit panneau « Ne pas déranger », que sais-je ?

3 – Déconstruire l’idée que les femmes n’ont jamais envie et doivent être forcées et celle que les hommes sont toujours partants pour le sexe

C’est faux, fourrez-vous ça dans le crâne tout de suite. Imaginez comme c’est relou, quand on ne désire du sexe qu’une fois tous les trois mois ou carrément jamais, qu’une personne vienne se frotter à nous tous les soirs dans l’espoir manifeste que son excitation nous déteigne dessus, comme si nous n’étions que des machines à faire démarrer… C’est plus que relou : c’est dégoûtant et malaisant, en plus de nous culpabiliser.

Encore une fois, parlez avec votre partenaire et demandez-lui ce que vous êtes en droit de faire sans læ brusquer, sans qu’iel se sente obligæ. Arrêtez de croire que tenter de forcer, c’est romantique et que ça va exciter l’autre.

Je ne dis pas que c’est forcément mal d’embrasser l’autre passionnément et d’essayer d’initier un truc, mais c’est quelque chose qui peut déclencher chez l’autre du malaise, de la culpabilité, réveiller des traumas, et on a pas forcément le courage de refuser, même avec la personne la mieux intentionnée du monde. Souvenez-vous qu’une bonne partie d’entre nous a été conditionnée à penser que, si on ne « donne » pas du sexe, on ne vaut plus rien et qu’on va être quitté-e-s ou trompé-e-s.

C’est pas forcément mal, disais-je, mais c’est un truc qui se discute en amont. Si l’autre vous dit « Ok, tu peux tenter des trucs parce que parfois ça m’excite et si j’ai pas envie je te dirai non », allez-y (et respectez tout refus, évidemment).

S’iel vous dit « Non, j’aime pas quand tu essaies de me chauffer, ça me met mal à l’aise / réveille mes traumas / culpabilise » ne le faites pas. Jamais. Respectez læ, merde, c’est pas compliqué.

L’idée que les hommes ont toujours envie et apprécieront forcément qu’on les touche doit aussi être déconstruite au plus vite, pour les hommes asexuels comme pour les autres. Certaines choses peuvent être perçues comme sexuelles alors que pour une personne asexuelles, ce sont juste des témoignages d’affection (par exemple : le baiser « avec la langue »).

Mon compagnon n’aime pas quand on s’embrasse ainsi en dehors d’un contexte sexuel, je respecte ça et ne le fais pas; Idem pour les tripotages et autres caresses que je perçois comme simplement affectionnées mais qui le mettent parfois mal à l’aise ou l’excitent alors qu’il n’a pas envie de l’être.

Bien entendu, il s’agit juste d’éviter de déclencher des réactions du type « excitation inopinée et non voulue » qui peuvent être désagréables et pas de justifier une pression comme « tu m’as excité-e, tu dois assumer maintenant »…

4 – Changer sa vision du sexe

Le sexe ne se limite pas à la pénétration vaginale ou anale. Oubliez l’idée que le sexe oral ou les caresses ne sont que des « préliminaires » avant de passer aux « choses sérieuses »…

D’une part, cela peut permettre à certaines personnes qui n’aiment pas être pénétrées mais apprécient tout de même le sexe de se libérer d’un lourd fardeau. Le sexe est censé être une activité agréable que chaque participant-e apprécie du début à la fin, et pas un « échange » de deux minutes de sexe oral contre un temps indéfini de pénétration qui peut parfois se révéler difficile à vivre, voire traumatisante et tout gâcher.

D’autre part, cela peut permettre à des personnes qui ne veulent pas prendre de plaisir mais apprécient tout de même d’en donner de trouver leur bonheur. J’en fais partie. M’engager dans une activité sexuelle qui va prendre au moins 30 minutes et dont je ne retirerai rien (même avec un orgasme, oui, parce que je ne vois pas trop l’intérêt de la chose) m’ennuie, en général. Mais l’idée de pouvoir « jouer » avec mon copain et faire sans retenue ce que je ne fais pas d’habitude (pour éviter de le mettre mal à l’aise, comme je l’ai dit précédemment) m’enthousiasme beaucoup plus. Le tout dure 5 minutes à tout casser et en plus, après, on peut faire un câlin tout nus sans que ça le gêne.

Je ne suis absolument pas en train de dire que toutes les personnes asexuelles doivent donner du plaisir à leur partenaire, simplement que s’en tenir au sexe oral et/ou aux caresses peut parfois être une très bonne solution pour tout le monde. Évidemment, si vous n’appréciez aucune forme d’activité sexuelle, personne n’est en droit de vous y obliger.

5 – Parlez-en le plus franchement possible

Faites-le par écrit si ça vous gêne moins. Ce n’est pas forcément facile de formuler des préférences claires pendant l’acte (parfois on ose pas, parfois on ne sait pas trop, on a peur de blesser ou de « casser » l’ambiance…). Du coup, un débriefing n’est pas forcément une idée de kéké qui veut se la péter, à condition que l’autre écoute vraiment et ne se vexe pas (voir la première partie de cet article ^^).

Il n’y a pas de honte à ne pas savoir faire, tout s’apprend, même le sexe, alors écoutez l’autre, laissez læ vous guider.

 

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